«Portrait de l'artiste en jeune homme Quand, vers l'âge de huit ans, je résolus de me consacrer à la littérature, j'imaginais que tous les écrivains sans exception ressemblaient au souverain de Malaisie Sandokan (mon héros d'alors et d'aujourd'hui) c'est-à-dire très beaux, bruns, avec une barbe, des yeux verts et un turban à rubis. Le fait que je fusse blond, les yeux bleus et sans rubis me préoccupait, et je voulus frotter mes cheveux avec du cirage pour foncer mes mèches: j'essayai sur ma frange, et j'eus tout à fait l'air d'un hérisson de ramoneur, on me demanda - Le jeune homme est idiot ou le fait-il exprès? on me pria d'aller me laver les mains et la figure, de venir à table et j'ai passé le dîner le nez dans mon potage à détester mes parents de ne pas m'avoir fait mulâtre. À mes yeux je possédais un physique incompatible avec le drame, la poésie, le conte, et je me préparais à changer de carrière pour être retraité, martyr ou otage (les trois carrières qu'on me proposait d'embrasser à défaut de talent pour les belles-lettres) lorsque au cours d'un dimanche providentiel je vis à Benfica un gros monsieur, à lunettes et en costume de lin, qui dégustait un sorbet à la fraise devant la vitrine de Marijú.» |
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Instituto Camões, 2002